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Tintin sur la lune et dans les étoiles

A la veille de l’acte XIX, notre copain Augustin Sanchez, dit « Tintin », l’invincible de la bande de La Cigale a fini par casser sa pipe. Tintin, vous l’aviez vu dans le film La cigale, le corbeau et les poulets, c’était un résistant d’une opiniâtreté exceptionnelle.

Tintin était de ces rares résistants discrets, joyeux et généreux, malgré les cancers qu’il collectionnait depuis des années comme des médailles, malgré la souffrance permanente des dernières années, jamais il ne se plaignait, toujours il rigolait, il était de toutes les bagarres et des tous les apéros, avec ses complices de La Cigale, avec Pierrot, avec Jeannot. Il était un « malgré tout ».

Ancien militaire comme son camarade Pierrot, il était de ceux qui font vaciller les évidences. « T’es militaire donc tu dois être un peu facho alors non ? » Ben non ! Le monde n’est pas si simple, n’en déplaise aux petits imbéciles qui se croient gros malins. Rien ne l’avait destiné à devenir l’un des plus vaillants militants anticapitaliste des hauts cantons sauf le goût des autres et l’amitié. Tous les matins, il « s’évadait » de la maison de retraite, où il était une vedette et s’était fait copain avec tout le monde. Il fonçait à la Cigale, prenait les instructions et aller faire tout ce qu’il y avait à faire, en commençant par la balade du chien Cayenne. Il adorait ce lieu, cette bande qu’ils formaient, il adorait les engueulades, les blagues, l’ambiance, le monde. Il connaissait le pays comme sa chambre et il préférait parcourir le pays que sa chambre. Tous les chemins, tous les ruisseaux, chaque pierre et même sous les pierres. C’était un vrai écolo mais à la question « T’es écolo ? », il te répondait « J’aime bien faire l’apéro, mais j’abuse pas trop ! ». Le soir, s’il n’avait pas prévenu le personnel de la maison de retraite de son absence, quelle que soit la bonne ambiance, avec son tout petit appétit, il rentrait sagement dîner à l’heure. Par-dessus tout, il avait le sens des règles du savoir-vivre, du respect des autres. Sur sa petite terrasse, il avait installé une mangeoire pour nourrir et observer les oiseaux. D’ailleurs, il n’était pas plus gros qu’un moineau. Il s’est envolé.

On ne verra plus Tintin sur le rond-point de La Cigale. Il n’ira plus tracter La Commune ni coller des affiches aux quatre coins des hauts cantons, il ne nous montrera plus où se trouvent les dragues pour pêcher la truite, il ne nous préparera plus la tambouille sur la terrasse de la Cigale… Fini les escargots, fini les grillades, fini les plats catalans. Le chien Cayenne l’attendra en vain pour la promenade quotidienne. Il ne veillera plus sur la Marianne rouillée. Tintin va manquer aux copains.

Presque un an après, Tintin a rejoint Jeannot le Suisse au paradis des empêcheurs de tourner en rond. Ils sont déjà à l’apéro. Sur le rond point de la Cigale, où nos camarades continuent à tenir le siège en gilets jaunes et rouges, la lutte continue !

Olivier Azam & Laure Guillot

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