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Historique

La Main-vielle à roue. Instrument public de projections

Une histoire d’orientation.

Par André Minvielle

C’est au début des années 2000 à Toulouse, que j’eus l’idée de me faire fabriquer un instrument personnel (moi qui ne joue ni piano ni guitare) pour accompagner mes chants et mes textes. Je voulais quelque chose d’intuitif qui fasse bourdons et percussions.
Pour improvisations et autres bifurcations. Principe de Chantenbraille…
Je pensais depuis quelques temps aux résonnances de la vielle. Intemporelles.
Une corde tendue frotte une roue de bois entrainée par la main. La geste.
Une seule note bien tournée permet le continuum pour poser la voix.
Je demandais à Dominique Regef, un fameux joueur de vielle à roue, de m’indiquer un facteur d’instrument capable de répondre à ma demande spécifique (une vielle sans « clavier »). Il me donnait l’adresse, la bonne, celle de Jacques Grandchamp à qui je faisais la commande d’une « vielle à roue comme Marcel Duchamp eût fait un tableau ». Quelques mois après et après propositions entérinées, je venais chercher mon instrument sonore et très bûchant. Oui il faut bûcher pour le dompter et l’expérimenter. Foutre au feu…

Trouver les bonnes cordes, il y en a trois, boyaux ou métal, sonoriser électriquement, cellules, microphones, inventer avec Jacques, le « tapier » ( taper sur la corde aiguë) cette chose composée d’un dessus en bois d’érable et pelissandre et d’un dessous en « ready made » sortie de toilettes en plastique PVC. Elle tient sur pied grâce à Fernand Ferrer mon pote…
Et puis après… oser sortir la jouer… Quelques années d’errances publiques :
Il ne faut pas jouer près d’une mare à grenouilles.
Pas plus qu’avec d’autres instrumentistes tempérés. La cour des grimaces…

Je n’aurais pas pu construire jusqu’au bout cet outil sans la ténacité d’Arno Tartary, secrétaire général de notre association « Les Chaudrons » à qui je rends grâce pour s’être escrimé à trouver une solution pour répondre à ma demande : projeter de la lumière, des couleurs, des images, malaxer le tout, musique et lumière au moyen de la manivelle de la main-vielle.

C’est ainsi qu’après moultes tentatives il rencontre Pierre Olivier Boulant le facteur numérique qui conçoit le principe de projections visuelles.
10 ans de recherches bonnes et mauvaises… Bonds-rebond.

C’est avec « Grand Cinémots » avec le philosophe Jean-François Cazeaux que la main-vielle faisait ses premières apparitions publiques en tant que projectrice d’images…

En 2015 pour la Hestejada d’Uzeste et sur une idée de Jean-Marc Chapoulie cinéaste, ce fut la première du « Salon indien » évocation de la première projection de cinéma dans un salon parisien le 28 décembre 1895.
Jacques Bonnafé jouait le bonimenteur, Jean-Marc Chapoulie le projectionniste et moi le musicien. Les deux derniers sur la main-vielle comme à l’origine de la vielle il y eut l’organistrum. Jean-Marc Chapoulie voyait dans cet instrument le principe de l’opérateur des Frères Lumières au début du cinéma. Manivelle oblige.

Exposition à la maison carrée de Nay…C’est avec ma compagne Marina Jolivet et les élèves et professeurs du collège Henri IV de Nay que je proposais un premier tableau sonore. Sons et poèmes choisis par ateliers. Superpositions d’images de Bernard Semerjian ( cinéaste monteur nayais) choisies et projetées sur un mur ami.
C’était pour un hommage rendu à Carl Einstein, penseur énergumène, écrivain historien de l’art, qui se suicida le 5 juillet 1940 en se jetant dans le Gave de Pau du pont de Lestelle-Bétharram. Son corps fût retrouvé à Boeil-Bezing (64) où il repose.

Le principe du « projectionniste public » m’est venu d’une part, sur le fait de la disparition des projectionnistes dans les salles de cinémas d’aujourd’hui et d’autre part lorsque mon cousin Jean m’a donné à voir un film super 8 que mon oncle avait tourné en 1958. J’y revoyais ma grand-mère Alice (à qui je faisais monter et descendre l’escalier autant de fois que je voulais et m’arrêtais à loisir sur son magnifique sourire ).
Mon père et son cageot de bouteilles devant le café de la rue des orphelines à Pau (café familial maintenant détruit disparu) ou moi, six mois dans le bras de ma mère… Emotions Portrait de famille. N’autre histoire. Autre, parce qu’on peut dérouler la bobine 8mm au rythme de la main- manivelle et qu’on peut s’y parler. Et recomposer comme un palimpseste, en superposant les images.
Un autre film apparaît, au hasard de son déroulé neuf.

La première projection publique « N’autre histoire » a eu lieu le 26 septembre 2019 à Labastide Clairence. Organisé par l’association Clarenza.

Cette proposition de représentation publique répond aux problèmes liés à la crise sanitaire. Elle est modulable et taillée pour un petit nombre (de 20 à 60 personnes). Elle est solidaire de toute initiative venant du public en direction du cinéma et des gens qui le font vivre et revivre, qui nous le font connaître.
A l’instar des productions et diffusions des Mutins de Pangée.
Quelque chose d’engageant.

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