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Des Paroles fortes à la cérémonie des César

Les cérémonies ont du bon. Surgissent parfois des paroles vraies, justes, qui dénotent et détonnent. C’était le cas hier soir à la remise des César, où se sont glissées des paroles qui ont "fait mouche", à commencer par celles de femmes qui ont décidé de ne pas se taire, des interventions qui se sont distinguées par un courage assez rare. Quand la parole se libère avec autant de force, on sort des silences et des discours convenus. On retrouve ici une tradition de résistance dans le cinéma français, longtemps noyée par les paillettes et les couches de maquillage. Et c’est dans ces moments là qu’on peut proclamer haut et fort que le cinéma est un art engagé, sinon rien !

Judith Godrech, qui avait débarqué à 15 ans dans un cinéma de prédateurs cachés derrière leurs statuts de cinéastes, a ému l’assemblée mais aussi interpellé cette "curieuse famille" : "Dans ma rébellion, je pensais à ces termes qu’on utilise sur un plateau. Silence. Moteur demandé. Ça fait maintenant trente ans que le silence est mon moteur (...) . Où êtes-vous ? Que dites-vous ?" (sa prise de parole est à voir ici)

D’autres interventions n’étaient pas prévues :

Kaouther Ben Hania, qui a remporté le César du meilleur documentaire pour Les filles d’Olfa, a osé : "On vit dans un monde où les criminels de guerre paradent en toute impunité alors que quelqu’un comme Julian Assange, le meilleur d’entre nous, croupit en prison. Navalny est mort ne laissons pas Julian Assange avoir le même sort" (...) Il y a 70 journalistes qui ont été ciblés et tués à Gaza (...) dire aujourd’hui : Arrêtez de tuer des enfants devient une revendication radicale, c’est complètement hallucinant ! On va pas se taire, on va pas se laisser intimider, il faut que le massacre cesse. Il faut utiliser notre notoriété (...) Ce qui arrive là-bas est tellement horrible. Personne ne pouvait dire je ne savais pas (...)" Canal Plus (la chaîne de Bolloré) a visiblement hésité quelques heures avant de publier cette intervention en replay et elle est finalement arrivée dans la nuit.

À noter que la première femme de la soirée à avoir fait de cette remise de prix, la courageuse expression d’une parole politique fut la jeune cinéaste Gala Hernández López, qui recevait le César du meilleur court métrage documentaire pour La Mécanique des fluides défendant les "valeurs qui lui ont fait désirer ce pays" : "J’ai l’impression qu’elles sont aujourd’hui attaquées (...) Que ces valeurs ne soient pas réduites à une rhétorique vide et qu’elles permettent à la France de s’engager concrètement dans des situations telles que celles vécues par le peuple palestinien aujourd’hui." L’intervention n’a pas été reprise dans le replay de Canal Plus à l’heure où nous écrivons ces lignes mais à voir ci-dessous.

Arieh Worthalter, qui a reçu le César du meilleur acteur (Le procès Goldman) ajoutait : “Je me joins moi aussi à un appel à un cessez-le-feu à Gaza parce que la vie le demande" .

Comme l’a toujours répété Julian Assange : "Le courage est contagieux."

 Les filles de Olfa de Kaouther Ben Hania sur CinéMutins
 Voir tous les films de Kaouther Ben Hania sur CinéMutins
 Voir Le procès Goldman de Cédric Khan avec Arieh Worthalter sur CinéMutins