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Un choc : Tomorrow Tripoli, un film de Florent Marcie

Tomorrow Tripoli nous a bouleversé. C’est un choc. Vivre au coeur d’une insurrection pendant plus de 8 mois, passer à travers les balles, toucher la profondeur d’un soulèvement, le coeur des hommes qui se révoltent, qui prennent les armes et qui vont chercher le tyran chez lui... De notre mémoire de cinéphiles, nous n’avions jamais vu un tel film de cinéma documentaire. Voir ce film en salle est donc une expérience inoubliable et nous encourageons à l’organisation de ce qui ne sera pas une simple séance de divertissement mais une expérience extraordinaire de 173 minutes, accroché à votre fauteuil comme si vous y étiez, avec la durée nécessaire pour sentir, saisir, approfondir... surtout si la séance est complétée d’une rencontre avec le phénoménal Florent Marcie, dont l’expérience et la réflexion sont très précieuses en ces temps de grands bouleversements.

Cependant, ce film au format hors-normes ne sortira pas dans une programmation classique mais seules quelques programmations exceptionnelles seront organisées en France.

ORGANISER UNE PROJECTION : Si vous voulez en être, n’’hésitez-pas à nous contacter pour organiser un évènement qui restera gravé dans vos mémoires. Nous l’éditerons prochainement en DVD mais rien ne remplacera une bonne projection !

Produit par No man’s land.

Prochainement en DVD et VOD, édition Les Mutins de Pangée.

Mais à voir autant que possible en projection grand écran bien sûr !

Le film

Aux premières heures de la révolution libyenne, pendant que le monde a les yeux rivés sur Benghazi, un petit groupe d’insurgés défie la dictature à l’autre bout du pays, à Zintan, dans les montagnes du Nefoussa.

Coupés du reste du monde, assiégés par l’armée de Kadhafi, les montagnards vont, contre toute attente, infliger une série de revers aux troupes du régime, jusqu’à parvenir aux portes deTripoli.

De la guérilla du djebel au rivage de la méditerranée, Tomorrow Tripoli relate le combat de ces hommes simples et généreux, emportés par le tourbillon révolutionnaire.

Florent Marcie a passé près de huit mois au côté de ces combattants. Après la Tchétchénie ("Itchkéri Kenti", tourné en 1996 dans Grozny en ruines), puis l’Afghanistan, son film est le troisième volet d’une fresque au long cours, consacrée aux hommes dans la guerre.

- LE SITE DU FILM : tomorrow-tripoli.com

Florent Marcie

Nous avions rencontré Florent Marcie il y a quelques années lors de son autre grand film Itchéri Kenti, tourné en Tchétchénie et il est re-apparu publiquement malgré lui, en début d’année, avec cette image de lui qui a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux :

Depuis une trentaine d’années, Florent Marcie parcourt les zones de guerre et réalise des films dans la durée, y engageant sa propre vie jusqu’à la limite du possible. Discret et courageux, il n’avait jamais été blessé, ni pendant le siège de Sarajevo, ni sur les fronts de guerre Afghans, ni sous les bombes en Tchétchénie, ni sous les balles en Libye, ni dans les ruines de guerre à Mossoul ou à Raqqa. .. En janvier dernier, pour la première fois, il a été blessé au visage par une balle de LDB, tirée par la police française alors qu’il filmait les manifestations des Gilets Jaunes à Paris dans le cadre de son nouveau film en cours sur l’Intelligence artificielle et l’humanité. Florent n’en tire aucune conclusion. Il ne s’habille jamais en victime ou en héros, il est un filmeur, il vit dans l’action et en assume les risques. C’est comme ça...

- Entretien avec Florent Marcie dans Traverse

Créer l’Ur-Information.

Un article de Nicole Brenez.

Tomorrow Tripoli, Florent Marcie (France-Libye)

La popularisation des outils numériques de réalisation et de diffusion permet aux créateurs et énonciateurs de tous ordres une autonomie intégrale, au sens où celle-ci tient l’ensemble de la chaîne, depuis la conception jusqu’à la mise en circulation des images. Au couple traditionnel Désinformation et Contre-information, il faut adjoindre désormais le terme d’Ur- Information, l’information originaire, dans la mesure où celle-ci précède l’information officielle, qui l’exploite pour la déformer, simplifier et trahir. La fin des années 1990 voit fleurir simultanément les collectifs de Contre-Information tels IndyMedia, et les politiques solitaires, pratiquant l’assaut visuel aussi librement qu’Albert Londres le reportage littéraire. Exemplairement, Florent Marcie, fresquiste au long cours, entreprend son premier voyage en Tchétchénie en 1996. Monté en 2007, Itchkéri Kenti résulte de dix années de réflexions et de voyages au cœur de la résistance tchétchène, à mesure de l’histoire d’un peuple en lutte avec le pouvoir central depuis la fin du XVIIIe siècle. Images du Russe en Tchétchénie, images du Tchétchène selon les Russes, films ethnographiques du passé, bande vidéographique d’un présent simultanément vécu et réfléchi, comme si Fabrice del Dongo regardait la bataille en plan de grand ensemble et en plan trop rapproché ... Itchkéri Kenti, histoire subjective d’une situation collective, prend le temps d’exposer et de décrire les différentes formes de conflits, matériels, culturels, temporels, qui structurent une lutte populaire. En 2000, Florent Marcie tourne Saïa, film expérimental sur une ligne de front en Afghanistan. En 2015, il termine les deux autres pans de sa trilogie consacrée aux hommes dans la guerre (Tchétchénie, Libye, Afghanistan). Le deuxième volet, Commandant Khawani, brosse le portrait d’un jeune commandant afghan sur la base de Bagram en 2001 au moment de la prise de Kaboul. Le troisième volet, Tomorrow Tripoli, décrit la lutte de rebelles libyens pendant la révolution. Depuis la ville de Zintan, dans les montagnes du Nefoussa, un groupe de simples citoyens s’organise peu à peu, combat d’abord sur place l’armée de Khadafi qui l’assiège, puis descend vers la mer, vers Zawiya et jusqu’à Tripoli. Sous les balles et les obus de mortiers qui pleuvent jour et nuit, dans les champs de mines, progresse la colonne et Florent Marcie avec elle. Au risque de mourir presque pour chaque plan, Marcie documente de façon impavide la guérilla montagnarde puis urbaine qui reprend les routes puis les rues une par une, ainsi que les rencontres les plus inattendues (un Zintanais qui a tellement lu Quatrevingt-treize de Victor Hugo qu’il l’a abîmé et applique les pages de Jean-Paul Sartre sur l’Occupation allemande à sa situation libyenne ; un bouleversant mercenaire du Darfour prénommé Khadafi... ). Plus encore que l’ultime prise de la forteresse présidentielle par les Zintanais, quelques plans filmés au long de l’autoroute tandis que la colonne roule vers Tripoli à eux seuls justifient l’existence pourtant usuellement réifiante des appareils contemporains d’enregistrement : dans les faubourgs de Tripoli, les femmes, les enfants, les habitants sortent par familles entières de leurs quartiers et s’avancent vers les combattants pour fraterniser, agitant leurs bras, hurlant victoire, bondissant de joie et d’enthousiasme, tandis que les klaxons déchaînés des rebelles les saluent, comme pour sceller un mariage avec leur liberté retrouvée.

Nicole Brenez, historienne, spécialiste du cinéma d’avant-garde.

(EXTRAITS DU CATALOGUE DE L’EXPOSITION "SOULÈVEMENTS" ORGANISÉE AU JEU DE PAUME)

"Un berger et deux perchés à l’Elysée ?" au cinéma →