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Pourquoi Netflix tremble

Dans notre dernière lettre-info, nous vous demandions votre avis sur l’avenir en VOD et beaucoup d’entre vous ont répondu à l’appel.
D’abord un grand « Merci » pour ces retours très chaleureux et instructifs dont nous essayons ici de prolonger la réflexion pour celles et ceux que ça intéresse et qui ont encore le temps de lire.
Il en ressort des réflexions philosophiques, éthiques, économiques et techniques, une intelligence et un humour qui donnent tout leur sens à nos propositions. Continuez à nous écrire, on adore vous lire et on se sent moins seuls dans ce monde très virtuel dans lequel nous naviguons en explorateurs, avec notre lampe-tempête.

Pourquoi Netflix tremble

SE VIDER LA TÊTE

Saluons l’honnêteté de Patrice M., qui témoigne n’avoir pas fini de regarder tous les DVD qu’il a commandé aux Mutins de Pangée et n’a pas encore essayé la VOD. Après les journées de boulots épuisantes et les kilomètres à marcher dans la rue contre la casse de retraites, il « a envie de se vider la tête avec des conneries sur Netflix ». C’est une question de fond qu’on se pose en permanence nous aussi comme spectateurs, auteurs, bricoleurs, diffuseurs. Et ça rappelle cette histoire de Coluche qui dit à peu près ceci : Après la messe, le pape découvre sa chambre d’hôtel où il remarque qu’un gros crucifix est accroché au-dessus du lit. Il se retourne vers le groom et lui dit : « Enlevez-moi ça, ça me rappelle le bureau ! ».

Netflix est la 5ème audience en France, toutes catégories confondues (TV publiques, privées, VOD). Nous tenterons d’analyser prochainement ce que cette poussée de Netflix raconte. Bien sûr, aux Mutins de Pangée, nous défendons une certaine idée du cinéma, qui ne prend pas les gens pour des imbéciles ou plutôt qui ne les laisse pas se laisser aller à la passivité, à la malbouffe audiovisuelle, celle dont on a bien envie avant et qui nous file mal au bide après.
Mais il serait vraiment imbécile d’opposer d’un côté, des supposés « imbéciles » qui regarderaient des séries (d’une qualité qui dépasse largement la production cinéma des studios hollywoodiens) et de l’autre, des « intellectuels distingués » qui ne regarderaient que des choses à haute valeur culturelle (qui sont parfois totalement arrogantes, sans saveur et mal foutues). Nous-mêmes, n’avons pas envie tous les jours de regarder des films à sujets « graves » et le cinéma engagé ne signifie pas pour nous « militant », nous avons trop de respect pour ce que signifie quotidiennement militer pour résumer ce terme à des films qu’il suffit de définir ainsi pour en enlever tout attrait pour le public. On se bat assez depuis des années contre ce préjugé pour ne pas nous même se tirer des balles dans les pieds en qualifiant les films qu’on défend de « militants ». Et d’ailleurs, on vous propose des registres très différents, autant que possible, avec il est vrai, une attention particulière pour l’Histoire sociale, tellement ce thème nous semble essentiel pour gagner du temps justement.

Un message nous a quand même laissé songeurs : « Ma compagne n’est pas intéressée par le cinéma social et, du coup, j’ai moins d’entrain pour regarder seul ces films. Mais en 2020, tout va changer pour pouvoir profiter de votre catalogue : nouvelle plateforme et séparation avec ma compagne rétive à la culture ouvrière. »

Évidemment, il y a ici une marque d’humour grinçant comme on l’apprécie mais quand même, dans la mesure du possible, recevez ce message de paix et d’amour que nous souhaitons vous communiquer à travers nos films autour desquels nous espérons qu’on peut parfois se rencontrer et se retrouver.

« PAS L’TEMPS DE M’BALADER ! »

Ce n’est pas seulement une chanson de notre copain André Minvielle, mais aussi une réalité de ce que l’on a appelé jadis « surfer sur le web », terme que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître tellement on ne surfe plus sur… mais on vit dedans. Qui se souvient du temps où on lisait un journal (papier), regardait les nouvelles à la télévision, le film du dimanche soir dont on parlait le lendemain à la machine à café, des quelques disques qu’on connaissait par cœur jusqu’à en creuser les sillons des meilleurs passages, du film qu’on rêvait d’aller voir au cinéma quand il sortirait prochainement sur nos écrans, des cartes postales qu’on s’écrivait en vacances ? Le monde a changé. Monique P., retraitée qui n’a plus la télévision depuis vingt ans, abonnée au Monde Diplomatique, Là-bas si j’y suis, Fakir, Informations ouvrières… avoue : « Twitter, hélas, me prend trop de temps (…) J’ai une pile de bouquins en retard qui m’effraie (…) j’ai besoin de quelque chose d’un peu léger » mais Monique nous promet de « faire un effort » !

Beaucoup d’entre vous nous disent : « j’ai pas le temps de voir tout ça ! ou « j’ai toujours pas eu le temps d’essayer votre VOD ». Et oui, il faut se résigner, nous n’aurons pas assez de nos vies pour tout voir. Il faut choisir. Pour choisir, il faut vivre libre et déjà ne pas se laisser envahir par le flux des E-mails (dont les nôtres ! :-), du tweet, du buzz, de l’info continue et du Live, de ce monde toujours en alerte où l’on croit que tout ce qu’on rate nous exclut, que pour être dans le coup il faut juste être au courant et que cet état ne nous laisse finalement pas grand-chose de digeste. Pour prendre de nouvelles habitudes, il faut se faire violence, il faut casser le flux, se poser, prendre le temps, le temps de choisir, le temps de la curiosité, le temps de penser, le temps d’imaginer, le temps de rêver. Vous pouvez le faire avec nous ou sans nous (nous on préfère avec vous !) mais si vous vous laissez aller au flux, votre cerveau va exploser de ne plus penser, ne plus imaginer, ne plus rêver.
Notre défi est de tout faire pour continuer à vous démontrer que les films qu’on vous propose de découvrir ne sont pas tous à ranger dans la catégorie « efforts » mais dans celle très variée des « plaisirs ».

UNE LIGNE NE SERT PAS QU’À LA PÊCHE

L’essentiel de notre action depuis 15 ans, que ce soit quand nous pensons et fabriquons nos films pour le cinéma, que nous éditons ceux des autres en DVD et diffusons par tous les moyens possibles, c’est d’essayer de casser l’image du « film militant, chiant et mal foutu ». Nous pensons y avoir contribué parfois, un peu, avec nos propres films produits pour le cinéma (Chomsky & Cie, Bernard ni Dieu ni chaussettes, Howard Zinn, une histoire populaire américaine, La cigale, le corbeau et les poulets… ) ou encore sur les films auxquels nous avons participé d’une façon une d’une autre.
Mais parfois, il faut bien avouer qu’il y a des films qui ne nous aident pas à combattre ce cliché. Cependant, nous proposons, vous choisissez, vous regardez avec vos yeux, vous devenez spec-acteur et notre rôle s’arrête là.

Faut-il pour autant éliminer les films qui ne répondent pas à nos critères ? C’est la question de fond que pose une ligne éditoriale. Nous l’avons pour l’instant tranchée de la sorte : nous sommes intransigeants avec nos critères pour ce qui est de nos propres productions pour le cinéma et dont la fabrication nécessite de longues années… Et nous ne sortons un film que quand il est conforme à nos ambitions et que nous avons trouvé les moyens de ces ambitions, le parcours étant souvent long et semé d’embûches. Par manque de temps et de moyens pour cela, nous avons renoncé à la co-production ou à nous mettre au service d’autres projets pour lesquels nous sommes sollicités presque chaque jour (preuve de l’énorme créativité dans notre pays). Ces dernières années, nous avons édité beaucoup de DVD qui répondent à ces critères d’exigence (pas forcément tous en même temps !) : des points de vue engagés, une réflexion sur le récit et la forme, des sujets rares, des documents pour l’Histoire, du rire et des larmes…

Odile M. ne s’y trompe pas, même si elle pense que la VOD des mutins est une bonne façon de résister à la vente de DVD sur Amazon, elle tient à « conserver sa DVDthèque, pour les irréductibles ». Nous sommes d’accord, le DVD est, par exemple, la garantie que les films de René Vautier soient conservés et transmis dans le monde entier après une vie marquée par la censure d’État. C’est un aboutissement complet pour nous d’apprendre qu’un DVD de René sert encore aujourd’hui à organiser des projections dans une rue de Matonge à Kinshasa.

Mais n’opposons pas les modes de diffusion ! Rien de mieux que le cinéma pour voir un film, bien sûr, le DVD pour le conserver à portée de main et le faire circuler mais la diffusion VOD nous permet une bien plus grande ouverture d’esprit car elle nous permet d’augmenter le choix de films mis à disposition notamment de ceux qu’on n’aurait pas pu éditer en DVD. « Du Grand bal à Gramsci » comme s’en réjouit Anne P. pour qui « la différence des registres est un p’tit bonheur ».
Notez que l’achat de fichiers à télécharger permet de conserver aussi un fichier de très bonne qualité, à vie. Et nous travaillons à augmenter le nombre de films accessibles en téléchargement dans l’avenir. Nous avons aussi commencé à expérimenter la sélection de films sur clef USB, qui pose aussi pour nous une question de coûts de fabrications mais qui permet aux « mal connectés » d’accéder à des films sous forme de fichiers de bonne qualité et pas chers.

Cependant, malgré tout, c’est bien connu, on ne peut pas plaire à tout le monde, pas même à Didier L. qui reste pourtant un fidèle lecteur :

« Je n’ai jamais utilisé de VOD ni chez les Mutins ni ailleurs. Mais le seul DVD que j’ai acheté chez vous ne m’a pas plu, alors depuis... plus rien, je lis vos méls et clique sur ce que vous présentez. Amicalement, Didier. »

LE DVD C’EST UNE AVENTURE, LA VOD AUSSI…

Jacques L. nous écrit : « En octobre 2019 vous avez fait une offre d’achat de DVD. J’ai souscrit à cette offre. En novembre je me suis rendu dans les camps de réfugiés kurdes qui se trouvent à Lavrio en Grèce. Sur le trajet j’ai fait une halte à Turin. À l’aéroport de Turin mon sac a été « visité ». J’ai donc perdu l’intégralité des DVD. Je pense que vous avez un fichier des commandes et envois. Vous serait-il possible de m’indiquer la liste des DVD afin que je les rachète ? ».

Plus compliqué encore pour Claudine en Belgique qui, après maintes péripéties pour avoir essayé de se rendre à une projection de Tomorrow Tripoli présentée par l’intrépide Florent Marcie et une longue correspondance, nous a donné envie de lui offrir non seulement des DVD mais aussi un lecteur pour les regarder, puisqu’elle n’avait pas les moyens pour ça. Mais autant vous dire, qu’on ne peut malheureusement pas acheter un lecteur DVD à tout le monde, même si on a été tenté d’organiser une grande bourse de circulation de lecteurs DVD endormis.

Beaucoup de message défendent le support DVD comme support de conservation et de mémoire face à l’immatérialité et le spontané, d’autres défendent exactement l’argument contraire. Deux écoles philosophiques et parfois plusieurs générations se questionnent dans ce débat. Et beaucoup, comme nous, défendent tous les supports et leur spécificité, avec leurs avantages et leurs inconvénients. Malgré tous vos encouragements, nous avons constaté que l’attachement à l’objet DVD n’est pas aussi fort que pour le livre, alors que le coût d’édition d’un DVD (et sa TVA à 20%) est bien plus élevé que celui d’un livre. Peu de gens savent que le budget de certaines éditions peut dépasser les sommes (énormes) de 25 000 euros pour des coffrets et beaucoup de travail alors qu’il est de plus en plus difficile d’estimer le succès et donc le bon tirage et le risque financier qui va avec.
Pour rassurer les inconditionnels du DVD, sachez que nous continuerons encore à éditer quelques DVD importants en 2020, même si nous y passons énormément de temps « non budgétisé » et nous pourrons encore le faire tant que vous serez assez nombreux à en acheter à leur juste valeur dans une économie qui est devenue très fragile depuis l’année dernière (mais heureusement encore soutenue par le CNC).

Voir des films en VOD nécessite un accès à une ligne internet et un écran de qualité. Ce n’est pas donné non plus (plus cher qu’un lecteur DVD) et plus que la facture, la fracture numérique est énorme en France, où des zones grises sont encore loin des hauts débits. Et certains d’entre vous (les plus anciens surtout) n’aiment pas trop cette technologie, ce qu’on comprend très bien. Il est cependant très touchant de lire tous ces messages témoignant leur sympathie pour notre travail et les « Bon, faudra bien s’y mettre ! » « Allons-y pour la VOD ! » « Pourquoi pas » « S’il faut je m’adapterais », « je veux bien apprendre à ranger dans mon ordinateur »…
Un dilemme : on ne veut pas faire entrer le vers dans le fruit ! Imaginez que tous ces nouveaux pratiquants tombent sous le charme de la concurrence et ne se mettent plus qu’à regarder Netflix et compagnie ? Fichtre. C’est risqué !
Pour eux, on fera quand même un cours pour les aider à essayer notre nouvelle plateforme donc, qui devrait voir le jour au printemps et qui sera beaucoup plus simple d’utilisation et accessible plus facilement de partout.

FAUT-IL ACHETER UN NOUVEAU CANAPÉ ?

Beaucoup d’entre vous nous signalent aussi un problème d’équipement à la maison, n’ayant pas d’écran connecté à leur ordinateur. Danièle R. déplore, comme nous, que « des jeunes générations peuvent même regarder un film sur un minuscule écran de portable… Une véritable hérésie et un manque de respect du travail du cinéaste ! ». Nous sommes d’accord, bien que peu de spectateurs imaginent – et tant mieux - la finesse du travail et les énormes moyens rajoutés dans la fabrication d’un film pour qu’il soit adapté à la projection sur un grand écran dans une salle de cinéma (étalonnage, mixage son) et faire que tout ce travail soit justement invisible. Le petit écran restera toujours moins adapté pour voir des films dans de bonnes conditions… mais on constate aussi que certains foyers sont de mieux en mieux équipés pour voir du cinéma à la maison et les films qu’on vous propose en VOD arrivent rarement jusque dans votre cinéma et s’ils y arrivent, ils y restent trop peu de temps, chassés par la concurrence des films les mieux exposés. Mais si vous avez la chance d’habiter pas loin d’un cinéma à la programmation riche et originale, et il y en a encore quelques-uns en France, foncez-y le plus souvent possible !

L’écran-maison reste souvent une alternative. Évidemment, les gros mastodontes ayant les moyens d’être accessibles via les box sur les téléviseurs modernes et même carrément un bouton « Netflix » sur les télécommandes, à part vous conseiller de coller un autocollant « Faut Pas Mollir ! » sur votre télécommande ou votre ordinateur, on peut pas faire grand-chose de ce côté-là. Mais on peut vous conseiller de câbler ou d’utiliser un système de clefs connectées (« cast ») qui se vendent pour relier les ordinateurs et les écrans TV ou encore d’utiliser un lecteur multimédia. La meilleure solution étant proposée par Anne-Marie G. qui va demander à son fils de lui brancher sa tablette et elle a bien raison, sinon à quoi ça sert de faire des enfants s’ils ne sont pas foutus de brancher une tablette ?

La palme est cependant attribuée à Frédéric B. pour sa bonne résolution : « Mon ordinateur se trouve dans un bureau où le confort pour regarder des films sur votre plateforme n’est pas idéale. Donc rien à voir avec le fond ou la forme de votre plateforme, mais plus un problème de configuration de mon espace de vie. Je vais acheter un nouveau canapé pour mieux vous soutenir…. Continuons la lutte !!!! »

ON POLLUE ET ON EN EST NAVRÉ…

« Si vous pouviez me garantir que vos serveurs sont alimentés par des panneaux photovoltaïques (en autoproduction sur les toits des bureaux des Mutants de Pangée), là je vous dis banco pour la VOD ! » nous défie Fred B., très remonté contre le monde numérique. Il n’est pas le seul à nous alerter. Depuis notre petite cave où nous étouffons sous le stock de DVD, à la recherche d’oxygène, nous sommes bien embêtés de ne pas œuvrer à la protection de l’environnement et à améliorer le bilan carbone de l’utilisation d’Internet… C’est un fait incontesté : la connexion mondiale a des conséquences énormes sur la consommation d’énergie, nous y participons tous mais s’en sentir coupable et se flageller ne nous semble pas la bonne option. Sortir du monde numérique est possible pour certains et tant mieux s’ils y parviennent dans leur travail et leurs loisirs (on en connait qui vivent bien mieux sans tout ce bazar). Tout le monde n’y parvient pas. Pour le moment, nous avons décidé de continuer à faire des films et à en montrer. Et tant qu’on le fait, on le fait avec les moyens dont on dispose dans le monde tel qu’il est aujourd’hui, malgré les contradictions que ça génère quand on rêve qu’un autre monde est possible. Nous avions déjà reçu quelques (rares) critiques pendant des années sur le fait qu’il faut produire du plastique pour fabriquer des DVD, consommer de l’énergie pour les faire parvenir jusqu’à vos boites à lettres, couper des arbres pour imprimer des livres et désormais la critique se tourne plutôt vers l’énergie dépensée par les serveurs informatiques. C’est effectivement un problème global et nous n’avons pas de solution immédiate à proposer autre que notre propre autodissolution, dont on doute de l’impact sur l’avenir de la planète. Pour l’instant, on ne peut que vous conseiller d’arrêter d’utiliser Internet pour nous envoyer ce genre de messages qui contribuent à aggraver la situation dénoncée. Et si vous passez des heures par jour sur Youtube, Facebook, Tweeter, Instagram, il vaut mieux regarder de temps en temps un film en VOD puis d’y repenser ensuite hors connexion (penser ne pollue pas). Mais, en dehors de l’ironie exprimée ici, il y a une réflexion de fond qui devient beaucoup encore plus complète quand il s’agit d’alerter sur les conséquences de cette mutation technologique massive, notamment sur la nature des rapports sociaux qu’elle engendre, la fin de l’intimité et l’encouragement au narcissisme. C’est un gros sujet dont l’actualité est remplie d’exemples. Certains d’entre vous fixent des limites dans leur petit passage sur terre selon leurs propres critères qui sont autant de pistes à explorer : Aller au cinéma, dans des festivals, continuer à acheter des DVD pour les partager, télécharger des films pour les regarder à plusieurs et en discuter, ne pas utiliser Internet chez soi, aller dans une médiathèque pour limiter les dégâts, arrêter de regarder des films, envoyer une vidéo du gros plan de son zizi à une inconnue… ou inversement… (liste à compléter par vous-même)

LE LIBRE ACCÈS AUX ŒUVRES… TANT QU’IL Y A DES ŒUVRES.

Quelques réflexions concernent la propriété des œuvres et leur libre accès. Depuis la nuit des temps, c’est-à-dire le début d’Internet, où une partie d’entre nous participions activement au mouvement des télé libres des années 1990-2000 et cofondateurs de (feu) Zalea Tv, nous avons expérimenté et participé à cette histoire, notamment parce que nous étions parmi les premiers inconscients à tenter de diffuser des vidéos sur Internet en France (avec les premières Web Tv). Aujourd’hui, Youtube domine et « quand c’est gratuit, c’est toi le produit ! ». La bataille économique de l’Internet libre est pour l’instant une bataille perdue. Nous avons été dépossédés de cet espace par les marchands du temple et Julian Assange est dans un cachot. Une nouvelle forme de censure est en marche. Mais l’Internet libre n’a pas dit son dernier mot… la guerre continue.

On ne va pas vous expliquer ici qu’il faut de l’argent pour vivre, manger, boire, dormir… et produire des films. Ce qui est questionné, c’est l’économie alternative (ou pas) qui conditionne la production et la diffusion de ces films. Depuis toujours, nous avons pratiqué le prix libre et la souscription pour nos productions avec des conclusions mitigées. Plusieurs problèmes se posent :

Après avoir longtemps testé le prix libre (a priori) en VOD, nous constatons que la somme proposée par la personne qui clique est souvent plus proche de zéro que des 3 ou 4 euros qui nous semblent être le juste prix moyen d’une VOD (le prix d’une bière …. ou d’un café à Paris !). Pour l’instant, nous avons opté quand les auteurs et producteurs le souhaitent, d’offrir régulièrement des films en accès libre mais ça peut pas aller bien plus loin et nous étudions d’autres outils de participation libre.
Notons que le prix libre fonctionne toujours très bien dans les projections publiques et nous avions constaté sur la souscription pour La cigale, le corbeau et les poulets, que la moyenne des dons était exactement au niveau du prix de vente du DVD donné en contrepartie (17€), ce qui fut à la fois encourageant et déterminant pour la fabrication du DVD. Il faut souligner aussi l’énorme succès de notre opération (toujours en cours) de films mis à disposition pour les caisses de grève et la générosité solidaires des participants (VOIR BILAN).

Un autre phénomène progresse depuis des années, c’est la généralisation des « crowfunding », mot anglais branché pour désigner aujourd’hui « souscription ». Il était un modèle de financement alternatif à l’absence de financement public et d’engagement des chaînes de télévision, et il est devenu la norme. Il est désormais pratiqué par des sociétés spécialisées qui proposent ce service en ligne contre un pourcentage sur les cagnottes récoltées. Aussi, nous observons parfois un abus de ce recours par des productions déjà bien riches qui s’emparent de cette opportunité supplémentaire de communiquer ou encore de compléter les apports des chaînes de TV publiques et des aides publiques qui se désengagent peu à peu. Tous les films ne sont pas égaux, ni en coûts ni en financements. Mais globalement, ça ne va pas très bien dans le secteur et nous prévoyons, depuis des années, que ce mode de financement va atteindre ses limites, celles de la concurrence, y compris pour les films engagés où seules les œuvres bénéficiant de notoriété a priori (ou de moyens de publicité pour cela), de thèmes très consensuels ou « communautaires » tireront leurs épingles du jeu au détriment d’une variété de propositions. Autrement dit, un film porté par des stars hyper médiatisées sur un sujet à la mode et dont on sait déjà à l’avance qu’il va confirmer ce qu’on a envie d’entendre (parce qu’on le pense déjà avant de voir le film) va occuper un espace qui se raréfie et qui bannit peu à peu l’audace et la curiosité !

MAIS ALORS, COMMENT VOIR DES FILMS EN VOD FINALEMENT ?

Cependant, malgré tout, nous avons opté pour l’instant pour plusieurs modes permettant de voir un film par Internet :

-  Payer « à l’acte » comme on dit vulgairement, c’est-à-dire vous utilisez votre CB à chaque location pour 3 ou 4 euros pour avoir accès au film pendant 7 jours en « streaming ».
-  Vous pouvez aussi débiter des crédits votre carte pré-payée, ce qui vous évite d’avoir à sortir votre CB à chaque fois et qui vous coûte bien moins cher par visionnage. Notez que vous pouvez aussi offrir des crédits à des amis, ce qui est toujours sympathique et répond au désir de partage, coopératif et équitable.
-  Acheter le fichier à télécharger en qualité supérieure et à vie pour une somme qui se situe en général entre le prix d’une location et celui d’un DVD.

Nous allons prendre en compte les difficultés que vous rencontrez et ces modes d’accès déjà en place sur notre site actuel vont être clarifiés, simplifiés et améliorés sur la prochaine plateforme.
Nous venons déjà de faire des tests de débit très concluants et l’accès dans les zones à bas débit va considérablement s’améliorer (en gros, si vous lisez des vidéos sur Youtube, vous devriez arriver sans plus de difficultés à visionner nos films en VOD).

Plusieurs d’entre vous s’inquiètent de l’accès des films en VOD depuis la Belgique et le reste du monde. Nos films produits par Les Mutins de Pangée sont disponibles de partout dans le monde, c’est aussi le cas pour les films que nous éditons si les droits étaient disponibles au moment de la signature de nos contrats et nous ferons au mieux pour obtenir les droits VOD pour beaucoup des films des catalogues partenaires. Mais nos coopérateurs éditeurs et distributeurs ont aussi des contraintes et accepter cette réalité est aussi une façon de soutenir la production de ces films et de ne pas les affaiblir pour la suite. En tout cas, nous notons que les films devront être plus clairement identifiés selon qu’ils seront accessibles de la zone du monde où vous vous trouvez. Amis Belges, il est fort probable que vous serez quand même parfois obligés de vous approcher de la frontière et vous connecter sur un wifi français pour accéder à tout le catalogue !

Merci pour tous vos messages qui continuent à alimenter notre réflexion. C’est vraiment très instructif et agréable de vous lire, continuez à nous écrire !
Nous allons ainsi avancer vers ce nouveau site VOD tout nouveau tout beau que nous préparons pour faire trembler Netflix et nous vous tiendrons au courant des étapes jusqu’à la mise en ligne.

A très bientôt donc.

Chaleureusement,
Les Mutins de Pangée,
29 février 2020

PS : si vous souhaitez participer à nos réflexions, vous pouvez vous abonner à la lettre-info des Mutins de Pangée en entrant votre adresse E-mail sur la colonne de gauche.

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