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Le cinéma de Werner Herzog

En partenariat avec Les éditions Potemkine, nous vous proposons de découvrir peu à peu l’œuvre extraordinaire de Werner Herzog, le cinéaste qui a tourné sur cinq continents. Aux Mutins de Pangée, nous considérons unanimement W. Herzog comme un des cinéastes les plus fascinant de notre Panthéon et on a désormais la chance d’avoir accès à une bonne partie de ses films, dont beaucoup étaient jusque là inédits en France. Certains de ses grands films de fiction sont resté des classiques du cinéma (Aguirre, la colère de Dieu ; Fitzcarraldo...), avec son lot d’incompréhensions d’ailleurs, mais W. Herzog a aussi réalisé beaucoup de documentaires très marquants. Regarder un film de Herzog est souvent une expérience extraordinaire, voir même bouleversante. Ses films touchent à quelque chose de profond, de fondamental, à la frontière entre le possible et l’impossible, entre la vie et la mort. Alors, on espère que vous partagerez cette aventure qui sort vraiment des sentiers battus.

Ce cycle est complété peu à peu...

Sa filmographie époustouflante commence en 1962 :

Herakles (1962), Jeu dans le sable (1964), La défense sans pareil de la forteresse Deutschkreutz (1966), Derniers mots (1967),

Signes de vie (1968)

Pendant la seconde guerre mondiale le jeune soldat allemand Stroszek est blessé. Il est envoyé en convalescence dans une forteresse en Crète. Il essaye de tuer le temps en compagnie de sa femme et de deux autres soldats. Mais l’attente est interminable et Stroszek commence peu à peu à perdre la raison.

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Sa filmographie époustouflante (suite) :

Mesures contre des fanatiques (1969), Les docteurs volants de l’Afrique de l’Est (1969), Les nains aussi ont commencé petits (1970),

Fata Morgana (1971)

Un voyage dans le désert africain, une légende en trois temps (« La Création », « Le Paradis », « L’Âge d’or ») sur la naissance de l’homme, une quête des mirages.

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Sa filmographie époustouflante (suite) :

Avenir handicapé (1971), Pays du silence et de l’obscurité (1971)

Aguirre, la colère de Dieu (1972)

XVIe siècle. Au coeur de la forêt amazonienne, des conquistadors évoluent en quête de l’El Dorado. Quand l’opération doit stopper, le lieutenant Lope de Aguirre se révolte, fait exécuter ses opposants et proclame le noble Guzman empereur d’El Dorado.

Film au statut mythique, rendu légendaire par ses conditions de tournage difficiles, l’interprétation habitée de Klaus Kinski dans le rôle d’Aguirre et la musique de Popol Vuh, Aguirre, la colère de Dieu condense les thèmes favoris de Werner Herzog : vanité de l’exploit, mégalomanie et quête de l’extase.
un de ses films les plus connu avec son acteur fétiche, ennemi intime : Klaus Kinski...

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La grande extase du sculpteur sur bois Steiner (1972)

Herzog accompagne Walter Steiner sur les quelques jours du championnat 1972 de saut à ski à Planica en Slovénie. Walter Steiner, sculpteur sur bois à ses moments perdus, est une légende de cette discipline. Médaillé d’or à Planica en 72, il n’est cependant pas à la recherche des records, mais juste de l’extase de l’envol. Sa passion pour la simple beauté du geste se heurte cette année là à la pression du public et des organisateurs qui, eux, attendent de nouveaux records.

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Sa filmographie époustouflante (suite) :

L’énigme de Kaspar Hauser ( 1974), Cœur de verre (1976), How much wood would a Woodchuck Chuck... (1976), Personne ne veut jouer avec moi (1976)...

La ballade de Bruno (1976)

Bruno Stroszek (Bruno S.) sort de prison. Il rencontre Eva (Eva Mattes), une prostituée brutalisée par ses proxénètes. Ces deux être malmenés par la vie se lient d’amitié et Bruno la recueille sous son toit. Mais les souteneurs les harcèlent et ils décident de tout quitter pour se rendre en Amérique avec le vieux Scheitz (Clemens Scheitz), le seul ami de Bruno. Un cousin de ce dernier y tient un garage et les aide à s’installer. Mais leurs espoirs d’une nouvelle vie se heurtent rapidement à la réalité.

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La soufrière (1976)

En 1976, en équipe réduite, Werner Herzog se rend en Guadeloupe alors que le volcan de La Soufrière menace d’entrer en éruption. D’après les sismographes, s’annonce une catastrophe inévitable dont la puissance pourrait être équivalente à celle de cinq bombes atomiques. 75 000 habitants sont alors évacués de Basse-Terre. Herzog part à la rencontre d’une poignée d’habitants qui ont choisi de rester, au péril de leur vie.

Ce documentaire était inclu dans le programme sorti au cinéma en 2014 : Les ascensions de Werner Herzog.

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Woyzeck (1979)

Le soldat Woyzeck est installé avec sa femme Marie et son jeune enfant dans une petite ville calme de la campagne allemande. Méprisé par ses supérieurs, maltraité par le médecin militaire qui l’utilise comme cobaye de ses expériences, moqué par ses camarades de la garnison, Woyzeck souffre de plus en plus des humiliations qu’il subit.

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Nosferatus, fantôme de la nuit (1979)

Employé dans une étude de notaire de Wismar, Jonathan Harker se voit confier pour mission de se rendre en Transylvanie afin d’acter la vente d’une demeure au comte Dracula. Navré de devoir quitter Lucy, sa jeune épouse, il chevauche vers le château de son acquéreur. En route, villageois et roms l’avertissent du danger qui l’attend s’il se rend dans ces terres maudites. Car le comte Dracula est un vampire, incapable de mourir, qui se repaît du sang de vivants. Jonathan devient son prisonnier. Ému par une photographie de Lucy, Dracula entreprend de la rejoindre à Virna.

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Fric et foi (1980)

On suit dans ce documentaire le Dr. Scott, un prédicateur qui chaque jour anime pendant une dizaine d’heures sa chaîne câblée. Il exhorte les téléspectateurs à se livrer totalement à Dieu, mais aussi à ouvrir leurs portefeuilles pour soutenir son église.

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Sa filmographie époustouflante (suite) ::

Le sermon de Huie (1980)... Arrive l’immense Fitzcarraldo (1982), dont le tournage fût aussi insensé que l’idée de faire passer un bateau à vapeur par dessus une montagne !

Après le naufrage commercial de Fitzcarraldo, Werner Herzog va enchaîner encore plus de tournages partout dans le monde.

Le pays où rêvent les fourmis vertes (1984)

Dans le nord de l’Australie, les aborigènes Wororas et Ritajingus vénèrent depuis 10000 ans le lieu sacré où rêvent les fourmis vertes. Lorsqu’une compagnie d’exploitation minière s’installe sur leurs terres, une délégation des deux communautés essaye d’entraver la progression du chantier. Ils arrivent avec la complicité de Lance Hackett, un ingénieur employé par la compagnie, à obtenir de la part de la justice australienne la tenue d’un procès.
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Après le tournage en Australie, la même année, au Nicaragua :

La ballade du petit soldat (1984)

En 1979, le Front Sandiniste de Libération Nationale renverse le gouvernement de Somoza. Le parti lance une importante réforme agraire et soutient une politique d’expropriation des grands propriétaires terriens. En 1984, le FSNL remporte les élections nationales, mais le président Reagan ne reconnaît pas ce gouvernement. Les contras - des guérilleros anti-sandinistes - reçoivent alors un soutien militaire des Etats-Unis et c’est dans leurs camps d’entraînement qu’Herzog vient filmer la façon dont des enfants sont transformés en soldats.

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Gasherbrum (1985)

Les alpinistes Reinhold Messner et Hans Kammerlander, entreprennent l’ascension de deux sommets de l’Himalaya culminant à 8000 mètres, d’une seule traite, sans camp fixe, sans radio ni oxygène. Messner a déjà gravi ces deux sommets, mais les enchaîner ainsi, sans retour au camp de base, serait un exploit inédit.

Ce documentaire était inclu dans le programme sorti au cinéma en 2014 : Les ascensions de Werner Herzog.

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Cobra verde (1987)

Après une longue période de sécheresse qui a épuisé ses récoltes et la mort de sa mère, Francesco Manoel da Silva abandonne ses terres et devient le bandit Cobra Verde. De nombreuses histoires courent bientôt sur son compte et son aura s’étend sur tout le Brésil, dépassant la seule province du Sertão où il erre. Suite à un étonnant concours de circonstances, il accepte de se rendre pour le compte du Portugal sur la côte de Guinée où on lui confie la gestion d’un fort. Francesco devine que c’est un piège qui lui est tendu, mais il accepte malgré tout la mission. Il découvre effectivement à son arrivée que le fortin est complètement déserté et que le roi du Dahomey avec qui il doit faire commerce a promis de tuer tout homme blanc pénétrant dans son royaume. Francesco parvient malgré tout à s’imposer et devient l’un des hommes les plus influents de la région…

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Sa filmographie époustouflante (suite) : :

Les Français vus par ... épisode Les Gaulois (1988)...

Wodaabe, les bergers du soleil (1989) :

Werner Herzog se rend dans le sud du Sahara où vivent les Wodaabe, une tribu nomade qui voue un véritable culte à la beauté. Après quatre années d’une terrible sécheresse, la population Wodaabe a été quasi décimée et les quelques survivants tentent de survivre aux frontières des villes.

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Echos d’un sombre empire (1990) :

A partir de 1945, le journaliste Michael Goldsmith parcourt l’Afrique, du Congo au Yemen, en passant par l’Algérie et l’Afghanistan, couvrant des conflits et des crises dramatiques et observant de près la façon dont les anciens pays coloniaux vivent leur indépendance. En 1977, il devient correspondant spécial en République centrafricaine et couvre le sacre de Jean-Bedel Bokassa qui s’autoproclame empereur. Accusé d’être un espion par le dictateur, il est arrêté et longuement torturé avant d’être relâché. C’est à travers son histoire que Werner Herzog nous invite à plonger dans la folie sanguinaire de l’Ogre de Berengo.

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Sa filmographie époustouflante (suite) :

Jag Mandir (1991), Cerro Torre, le cri de la roche (1991), Film lesson (1991)...

Leçons de ténèbres (1992) :

Dans ses Leçons de ténèbres, Couperin reprend le texte des Lamentations du prophète Jérémie qui déplore la destruction de Jérusalem par les Babyloniens. Werner Herzog pleure ici une autre destruction, un crime contre la Terre et l’Humanité : la mise à feu de 732 puits de pétrole par les force irakiennes qui se retirent du Koweït. Des flammes à perte de vue, des incendies qui prendront des mois à être éteints, 20 millions de tonnes de pétrole déversées dans le sol... une vision d’Apocalypse que Herzog met en scène comme un film de science-fiction, comme un long poème sur la fin de la Terre.

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Les cloches des profondeurs (1993) :

Au nord de la rivière Yenisei, en Sibérie, Werner Herzog rencontre différentes personnes qui lui font part de leur croyances religieuses. Rites orthodoxes, chamanisme, paganisme, sorcellerie, exorcisme, fantômes et cités englouties se côtoient lors de ce voyage dans le mystère de la foi.
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Sa filmographie époustouflante (suite) :

The transformation of the world into music (1994), Gesualdo : Mort à cinq voix (1995)...

Petit Dieter doit voler (1997)

Durant la guerre du Vietnam, l’avion du pilote américain Dieter Dengler est abattu au-dessus de la forêt du Laos. Capturé, il est conduit par les Pathet Lao à travers la jungle jusqu’à la frontière du Nord Vietnam où il est remis au FNL. Il est emprisonné avec d’autres soldats américains dans un camp au cœur de la jungle et doit survivre à des conditions de détention terribles, à la torture, aux maladies et à la faim. Les détenus réussissent à échafauder un plan pour s’enfuir et au bout de cinq mois, ils parviennent à échapper à la vigilance de leurs geôliers. Mais le groupe se retrouve séparé et Dengler se retrouve seul, perdu au milieu de la jungle...
En 2006, W. Herzog mettra en scène cette histoire dans une fiction : Rescue Dawn

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Ennemis intimes (1999)

Huit ans après la mort de Klaus Kinski, Werner Herzog consacre un film à leur relation. Évocation apaisée d’une folie partagée.

« Il n’y a pas eu de scénario. Je savais seulement que je voulais retourner à tel ou tel endroit, pas seulement sur des lieux de tournage mais aussi sur des lieux qui avaient scellé nos destins. Aguirre est le fleuve de notre destin au sens littéral et direct du terme. Je me suis installé devant la caméra et j’ai commencé à parler, sans avoir rien préparé. » (Entretien avec Frédéric Bonnaud, Les Inrockuptibles, 1999.)

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Sa filmographie époustouflante (suite) :

Dieu et les porteurs de fardeaux (1999)...

Les ailes de l’espoir (2000) :

En 1971, un avion s’écrase en pleine jungle péruvienne. Quatre-vingt douze personnes périssent dans l’accident et seule une jeune fille de 17 ans, Juliane Koepke, survit au crash. Éjectée de l’avion qui est alors à deux miles d’altitude, elle survit miraculeusement. Reprenant connaissance, elle constate qu’elle n’a qu’une fracture à l’épaule et une plaie béante à la jambe - plaie qui fait « comme un canyon » et qui la surprend car elle ne saigne pas. Elle entreprend alors une longue marche à travers la jungle pour trouver des secours. Son périple durera douze jours...

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Sa filmographie époustouflante (suite) :

Invincible (2000), Pèlerinage (2001), Ten thousand years older (2001), Christ and demons in New Spain (2002), La roue du temps (2003), The White diamond (2004), Grizzly man (2005), The wild blue Yonder (2005), Rescue Dawn (2006), Rencontres au bout du monde (2007), Bad lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans (2008), Dans l’œil d’un tueur (2009), La bohème (2009), La grotte des rêves perdus (2010), Ode to the dawn of the man (2010), Happy People : un an dans la Taïga (2010), Into the Abyss (2011), On death row I et II (2012-13), From one second to the next (2013), Queen of the desert (2014), Lo and Behold, Reveries of the Connected World (2016)...

COFFRETS DVD

Edité chez Potemkine et disponible ici :

VOLUME 1 (1962 - 1974)

VOLUME 2 (1976-1982)

VOLUME 3 (1984-2000)

Werner Herzog par Olivier Bitoun

Une introduction à l’oeuvre du cinéaste allemand à retrouver sur le site de Dvdclassik

Herzog est une légende. A l’évocation de son nom ou de ses films les plus célèbres (Aguirre et Fitzcarraldo en tête), ce sont mille histoires, mille anecdotes qui surgissent. Si l’on peut admettre que quand « la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende », parfois celle-ci occulte trop l’homme pour ne pas être remise en question.

Herzog a si souvent été présenté comme un excentrique, un mégalomane, voire un fou que la perception de son œuvre s’en est trouvée profondément faussée. On sait qu’il a tourné cinq fois avec Klaus Kinski (belle preuve de son insanité !), a fait hisser un bateau en haut d’une montagne (voilà pour la mégalomanie...), qu’il a hypnotisé ses acteurs (… et l’excentricité). Mais si la folie, la mégalomanie, l’excentricité traversent effectivement son œuvre, il est parfaitement réducteur d’associer le cinéaste aux sujets de ses films. Plutôt que de voir dans ses entreprises parfois démesurées une mégalomanie clinique, dans son association à Kinski un rapport qui tiendrait du sado masochisme, il convient plutôt de s’interroger sur les raisons qui l’ont mené à préférer hisser un véritable bateau en haut d’une montagne plutôt que de tourner dans le confort d’un studio, il convient de comprendre que s’il s’est acharné à faire tourner Kinski ce n’était pas pour le plaisir de la confrontation mais parce que dirigé, contrôlé, il était tout simplement un acteur habité au charisme hallucinant. Très (trop ?) rapidement porté aux nues par la critique, présenté comme le grand espoir du cinéma allemand, Herzog a subi le contre coup de cet engouement généralisé.
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Ce hiatus entre la perception de l’homme et l’homme lui-même remonte à loin. Très (trop ?) rapidement porté aux nues par la critique, présenté comme le grand espoir du cinéma allemand, Herzog a rapidement subi le contre-coup de cet engouement généralisé. Il bénéficie durant les années soixante-dix d’une aura incontestable. Il incarne, aux côtés de Fassbinder, Schlondörff et Wenders, le renouveau d’un cinéma allemand exsangue depuis la fin de la seconde guerre mondiale. S’il émerge au même moment que ces cinéastes, son œuvre est totalement à part. En effet, ses films ne sont pas ancrés dans la société allemande de l’époque et n’évoquent guère le monde contemporain : ils sont happés par des images du passé et se situent souvent géographiquement loin de l’Allemagne et même de l’Europe. De plus, en terme de production, Herzog se place complètement en dehors du système classique du cinéma, produisant lui-même ses films (il travaille pendant deux ans dans une aciérie pour financer son premier court, Héraclès) et travaillant avec une équipe fidèle et très réduite. Finalement son œuvre, trop personnelle, trop détachée de cette seule question de la renaissance d’un cinéma allemand qui intéresse alors la critique, déçoit peu à peu la plupart de ses thuriféraires. On note la puissance d’évocation de ses sujets, son audace qui redonne un souffle d’air frais à un cinéma allemand moribond. Mais bientôt les critiques préfèrent utiliser les termes de folie, de grandiloquence et de mégalomanie. C’est la porte ouverte à une vision réductrice de son œuvre que l’on ne perçoit plus qu’à travers ces filtres déformants, la porte ouverte à une relecture de ses films que l’on taxe dorénavant régulièrement de fascisme. En effet, une frange de la critique (surtout de gauche) voit en lui un auteur peu recommandable, obnubilé par la question du surhomme, de la puissance, le dépositaire d’une idéologie rance sentant l’eugénisme voire, pour les plus radicaux, le nazisme. Une lecture qui, à la simple vision de son œuvre, est évidemment aberrante mais qui a joué un rôle important dans l’éclipse subie par le cinéaste.
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Dès L’Énigme de Kaspar Hauser (1974), on ne s’intéresse plus que poliment à lui, mais c’est la démesure du tournage de Fitzcarraldo (1982), bien plus commentée que le film lui-même, qui nourrit une fronde critique qui provoque la quasi disparition du cinéaste de l’horizon cinéphile. Mais dès Aguirre (1972), le jeu est faussé. Après l’aventure de ce tournage, la critique, telle un spectateur de compétition sportive en manque d’exploit et guettant l’accident, attend d’Herzog une nouvelle folie, une nouvelle œuvre démesurée. Or le cinéaste déjoue cette attente et ne fait plus, à ses yeux, que décevoir les espoirs qu’elle a placé en lui. La versatilité de la critique est à son comble lorsqu’Herzog réalise Fitzcarraldo et qu’elle ne voit dans ce tournage épique qu’une tentative désespérée de sa part pour renouer avec l’aventure d’Aguirre afin de la charmer de nouveau et de retrouver son soutien.
Un autre lieu commun veut que la disparition de Kinski en 1991 ait marqué la fin de sa carrière de cinéaste, comme si Herzog ne pouvait donner sa pleine mesure qu’en se confrontant à son frère ennemi. Or, après leur dernier film en commun (Cobra Verde en 1987) Herzog n’a jamais cessé de tourner et son œuvre s’est constamment enrichie dans les années 1990 et 2000. Il a seulement poursuivi sa carrière à l’écart du système, privilégiant le documentaire, genre toujours moins vu et moins commenté que le long métrage de fiction. Herzog est ainsi tombé dans l’oubli dans les années 1990, ses réalisations n’étant que peu distribuées et, conséquemment, peu vues. On note dans la presse quelques lignes où il est juste répété qu’Herzog n’est plus que l’ombre du cinéaste qu’il a naguère été et lorsque l’un de ses films est distribué, c’est timidement, sans éclat.
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Une petite partie de la critique continue cependant à s’intéresser à ses films, mais ceux-ci se retrouvent enfermés le plus souvent dans deux grilles de lecture figées - le romantisme allemand et la mystique - qui ne reflètent en rien la vérité d’une œuvre qui ne cesse de s’ouvrir sur de nouvelles questions et d’offrir une réflexion sur l’homme d’une incroyable richesse. Herzog lui même ne fait rien pour faciliter la tâche de la critique. Ne se souciant guère des frontières entre documentaire et fiction, court ou long métrage, réalisant cinquante-six films en moins d’un demi siècle, il finit par perdre même ses admirateurs les plus acharnés. La plupart de ses réalisations sont difficilement visibles et, petit à petit, les frontières de son œuvre deviennent floues, insaisissables. Or on ne peut pleinement appréhender le cinéma d’Herzog en se contentant des quelques longs métrages (une quinzaine au plus) distribués de manière classique.

En 2009, Beaubourg consacre une intégrale au cinéaste et le public a enfin la possibilité de découvrir l’œuvre dans son ensemble. Dans la foulée, son magnifique roman Le Chemin des glaces est réédité et le récit du tournage de Fitzcarraldo (Conquête de l’inutile) est traduit pour la première fois en français. Les entretiens et les dossiers abondent et Herzog sort de l’ombre pour devenir une figure quasi culte du cinéma contemporain, lançant même sa « Rogue Film School », une école de cinéma pirate et itinérante. Mais si ses dernières réalisations (Bad Lieutenant, La Grotte des rêves perdus, Into the Abyss) retrouvent le chemin des salles, il n’en demeure pas moins qu’en dehors de la rétro à Pompidou, la majeure partie de son œuvre demeurait inaccessible. « Demeurait » car en 2015, grâce au distributeur Potemkine, vingt-sept de ses films sont enfin rendus disponibles sur grand écran dans des copies numériques restaurées ainsi que dans une série de coffrets DVD et Blu-Ray.

Les films du cycle