Les mutins de Pangée
 
 
(en cours de tournage)

Pour le sang et la terre

En Janvier, quand la pluie du ciel féconde la terre, se déroule l’une des plus anciennes et des plus authentiques manifestations de la culture andine, le Tupay, la bataille rituelle.
Après plusieurs heures de marche dans la montagne, des centaines de familles kanas, venus de villages alentours, se retrouvent sur le mont Chiaraje, à 4600 m d’altitude. C’est là-haut que réside l’apu, l’esprit sacré de la montagne.
Divisés en deux camps, les villageois vont s’affronter durant la journée.
Armés de frondes et de fouets, soutenus par des cavaliers, commence une sarabande sanglante rythmée par une pluie de pierres, de cris et d’insultes. Le « jeu » consiste à conquérir le territoire de l’adversaire, prendre des combattants en otage… faire couler le sang, en offrande à la Terre-mère, la Pachamama.
Ni lutte de territoires, ni vendetta andine, les Tupays relient les hommes à leurs divinités et à leur passé.

À la rencontre des kanas

Lors d’un précédent voyage dans la Cordillère des Andes, j’avais filmé une première fois la bataille du Chiaraje. J’avais été surpris par l’engagement des combattants. Qu’est-ce qui peut bien pousser ces hommes à s’affronter, parfois jusqu’à la mort, sans pour autant susciter haine ou esprit de vengeance une fois le combat terminé?

La bataille du Chiaraje est un paradigme de la culture Kanas. Ce rituel plonge au cœur de l’âme kanas, il en dit sa douleur, sa nostalgie d’un monde perdu, comme le lien étroit, familial, qui les unis aux forces de la nature, à la Terre-Mère Pachamama.

Peuple de guerriers, les kanas ont une longue tradition de révoltes dont les Tupays sont une résurgence. Pour préserver l’indépendance de leur nation, ils ont combattu aux côtés des incas puis contre eux, avant de se retourner contre l’occupant espagnol.
Au-delà de l’aspect sacré rendu à la Terre-Mère, plane sur l’altiplano le fantôme de Tupac Amaru, originaire de Kanas, dernier descendant des empereurs incas, héros de la dernière gande rébellion indigène contre le pouvoir colonial.

Si l’Amerique du Sud connaît de grands bouleversements qui voient les droits indigènes enfin reconnus, les kanas comme les 46% d’indiens quechuas du Pérou, reste les grands oubliés de l’histoire nationale. La tradition n’est-elle qu’un refuge, un aveu d’impuissance ou la promesse d’une future émancipation sociale?
Elle est du moins la preuve qu’ils ne sont pas vaincus, que cinq siècles de colonisation n’ont pas eut raison de leur culture.
Dans la langue de leurs ancêtres, « Kanas » veut dire « Lumière ».
Le temps est-il venu pour les indiens quechuas d’un retour à la lumière ?

Pascal Boucher

Réalisateur de reportages scientifiques pour la Cité des Sciences, le CNDP ou E=M6, Pascal Boucher est aussi cameraman indépendant et voyageur. Pour Handicap International en Inde et au Népal ou pour le Ministère de la culture péruvien. Plusieurs reportages au Pérou, l’on amené à se passionner pour la culture andine. Sur le thème du rapport à la terre et par souci d’enregistrer une mémoire toujours fragile, il filme aussi bien les « campésinos » péruviens qu’un paysan - poète du Val de Loire. De la Cordillère à la Beauce, la mondialisation uniformise les cultures, il est urgent de soutenir celles qui lui résistent. C’est ainsi qu’il milite au sein de la télé libre, Zalea TV, avec laquelle il a participé à la réalisation du film « Désentubages cathodiques », sortie en salle en 2005. Il a également réalisé deux court-métrages.

 
 
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