Menu

De l’invention de l’ORTF à celle des médias libres

Que ce temps est lointain ! Et pourtant, chaque époque a le devoir de s’attaquer au consensus médiatique. On a du mal aujourd’hui à imaginer que dans les années 2000, la télé et la radio passaient par les ondes hertziennes analogiques, pas de TNT, peu de vidéo sur Internet, pas de FaceBook, pas de Youtubeurs... Malgré tout ça, les enjeux n’étaient pas si éloignés de ceux d’aujourd’hui... Il s’agissait de contester l’ordre établi, d’inventer librement des formes, en s’opposant au robinet continu déversé par de grands groupes et surveillé par quelques chiens de gardes, bien dressés et bien nourris, pendant que télévision et radio d’Etat ne cessait de se dégrader (à part quelques exceptions inoubliables, des résistances souvent marginalisées par les directions de chaînes).

Dans ce cycle, quelques expérience passées, et peut être ( qui sait ?), quelques idées à repêcher :

L’ORTF, « le gouvernement dans la salle à manger de chaque Français"

La formule n’est pas un slogan soixante-huitard, elle est pourtant du ministre de l’information de l’époque (parfois rebaptisé « ministre de la censure »), Alain Peyrefitte. Nous sommes en 1964, et la création de l’ORTF (Office de Radiodiffusion Télévision Française) entend « satisfaire les besoins d’information, de culture, d’éducation et de distraction du public. ». Dès 1949, avec la création de la RTF, un nouveau langage s’invente : celui de la télévision.

- Des inventeurs de la RTF. (1h 07min- Raoul Sangla)
Une histoire de l’écriture télévisuelle à la Radio Télévision Française (1950-1965) sur laquelle Raoul Sangla enquête auprès des pionniers de la rue Cognacq-Jay. Avec la télévision, il faut s’approprier un nouveau genre purement télévisuel : le direct, qui rompt soudain avec les habitudes du cinéma. On s’empare de ce nouvel instrument, on veut éveiller le spectateur au monde…

Le quotidien n’est pourtant pas si rose. En coulisse, le pouvoir contrôle l’information, la censure est de mise, la liberté loin d’être totale.

- Du joli mai 68 à l’ORTF. (1h17 – Raoul Sangla)
Quarante ans après la révolte de mai 68, Raoul Sangla retrouve d’anciens grévistes de l’ORTF qui témoignent des luttes contre la censure de l’information du service public.

Des radios libres

C’est dans le contexte de la fermeture des usines sidérurgiques de Longwy que le 17 mars 1979 on peut entendre la première émission de Lorraine Cœur d’Acier, "une radio créée par la CGT et mise à disposition de toute la population de la Lorraine en lutte, pour défendre ses emplois, son patrimoine industriel et humain". C’est à partir de la mairie de Longwy-Haut que Lorraine Cœur d’Acier, radio pirate, sera au centre de cette expérience collective de libération de la parole qui dura un an et demi.

- Loraine coeur d’acier

Au début des années 80, le monopole d’Etat sur la radiodiffusion explose et des centaines de radios libres investissent la bande FM. Dans cet élan de liberté, la radio Carbone 14 émet pour la première fois sur Paris le 14 décembre 1981. Elle va connaître un succès grandissant avant d’être interdite par l’Etat en 1983.
« Du sexe, du sang, des conneries », la radio revendique son côté irrespectueux. Le film rend compte de l’ambiance survoltée de cette radio hors-norme qui comptait parmi ses animateurs : Supernana, Jean-Yves Lafesse, David Grossexe, Robert Lehaineux, José Lopez...

- Carbone 14, le film. ((1h08 – Jean-François Galotte et Joelle Malberg)

JPEG - 63.7 ko
Jean-François Gallotte - Joëlle Malberg et Michel Fiszbin (photo de tournage)

De la télé libre

C’est avec une certaine filiation que fut crée en 2000 la télévision associative Zalea TV (TéléViZone d’Action pour la Liberté d’Expression Audiovisuelle). C’était déjà une autre époque, un autre ton, d’autres formes, mais la télé libre nationale s’est bagarrée pendant sept ans pour que soit attribuée une place dans le Paysage Audiovisuel Français (PAF) aux télés libres, dans leur diversité. Conquête d’un émetteur de la tour Eiffel, attaque de Loft Story (M6), déboires avec le CSA, dénonciation de la désinformation et de l’abrutissement, première expériences de télévision sur Internet, la chaine donnera un souffle de liberté jusqu’à sa mise à mort arbitraire en 2007 par le CSA.

- On la fermera pas. (1h54 - Zalea TV - 2003)
Chronique des grandes heures de Zalea TV, depuis sa descente du satellite en mai 2001, jusqu’à la conquête de la tour Eiffel en 2002 : l’attaque de Loft Story (M6), les déboires avec le CSA, le travail sur le terrain pour qu’enfin une autre télé soit possible.

- Zalzap. (1h20 - Zalea TV - 2005)
Une sélection des pires moments de direct sur l’antenne de Zalea TV lors de la campagne de diffusion depuis la Tour Eiffel (2002-2003), pour vous faire respirer l’ambiance « télé libre »…

- Désentubages cathodiques.
Du mensonge à la mystification en passant par la manipulation et la fausse impartialité, c’est toute la logique de la désinformation et de l’abrutissement qui était mise à jour dans ce film sorti au cinéma en 2005, alors que Zalea Tv était interdite d’antenne comme souvent, le CSA avouant sa propre incapacité à contrôler des nouvelles télés pendant les campagnes électorales diverses (et il y en a beaucoup !)

Les films de Pierre Carles

Dans ces années là, un réalisateur histrion d’un nouveau genre, perturbe le P.A.F (Paysage Audiovisuel Français comme on disait) avec des films qui vont mordre les mollets des chiens de gardes, des films qui sortent au cinéma et remportent un gros succès, ce qui à cette époque "argentique" était beaucoup plus improbable qu’aujourd’hui à l’ère du tout "numérique".

La série de documentaires de Pierre Carles sur la télévision (CP-production) :

-  PAS VU, PAS PRIS

Une séquence piratée de discussion entre le responsable d’une grande chaîne de télévision et un homme politique est à l’origine de ce film inaugural d’une critique radicale des médias…

-  ENFIN PRIS

À la suite de « Pas vu pas pris », une réflexion sur la manière dont le pouvoir change les gens, sur les ressorts intimes de l’ambition et de la fidélité, le dévoiement de la critique en « impertinence ».

-  FIN DE CONCESSION

Un improbable journaliste uruguayen, Carlos Pedro, enquête sur la privatisation de la première chaîne de télévision française et tire les leçons de ses années de combat contre les moulins à vent médiatiques.

Les films du cycle